Journal de vie

Pourquoi pas 100% végane ?

J’empreinte ce titre à Antigone 21, Ophélie Véron, qui a rédigé un article en 2015 intitulé « Pourquoi je ne suis vegan ». Elle parle du terme « vegan » (anglophone) et de sa version française méconnue « végane ». Depuis que j’ai lu cet article à sa parution et celui de la Société Végane, c’est « végane » que j’utilise lorsque je parle des véganes en français.

Je vous écris aujourd’hui pour vous partager ma petite expérience de « personne qui se justifie tout le temps » et de personne qui culpabilise facilement. Pas de conseils d’experte ou autre, juste un point de vue.

Quand je suis devenue végane

En juin 2018, j’étais végétarienne depuis 4 ans et demi – plutôt stricte, c’était assez facile. J’ai dévoré le livre « Planète Végane », d’Ophélie Véron justement, qui m’a convaincue du jour au lendemain de devenir végane. En réalité, je n’ai pas été difficile à convaincre car je mangeais déjà beaucoup végétalien.

Pendant plusieurs mois, tout coulait de source. J’étais sûre que c’était la bonne décision.

Abandon et culpabilité

À partir de septembre : ma charge de travail s’est accumulée et j’ai sombré dans la facilité des plats végétariens tout prêts et des pizzas au fromage déposées le soir au bureau quand on finissait tard. J’ai replongé dans mes vieux troubles alimentaires liés à une culpabilité infinie et à un réel abandon de moi.

J’ai commencé à prévoir un voyage au Vietnam de près d’un mois pour me retrouver, mieux connaître mes origines et montrer tout ça à mes yeux planètes préférés.

Entre novembre 2018 et janvier 2020, les problèmes personnels se sont succédé. Ils avaient une ampleur qui m’était inconnue et malgré un entourage en or, je n’arrivais que très difficilement à me lever le matin et ne passais pas une seule journée sans vomir plusieurs fois. C’est moche, la souffrance. Je n’avais même pas à me forcer pour me vider de moi, de tout ce que je mangeais sans aucune attention.

Voyage initiatique et retours aux sources

Lorsque nous sommes arrivés à l’aéroport de Ho Chi Minh en février 2019, la chaleur était si accablante. Mon oncle et ma cousine nous ont ramenés chez eux pour qu’on y passe les 3 premiers jours du voyage. Leur gentillesse et leur amour étaient sans appel.

Ils étaient surpris par le fait qu’on ne mange ni viande ni poisson et essayaient de nous faire des plats végétariens dans lesquels ils ajoutaient quand même un os ou deux « pour le goût ». Nous avons à plusieurs reprises mangé des produits carnés au Vietnam, plus parce que nous en avions envie qu’à cause de la pression familiale ou sociétale.

Ce voyage m’a fait un bien fou, j’ai eu le sentiment d’en être revenue grandie, plus calme et douce. Mais je n’étais toujours pas alignée avec moi-même.

Été 2019 : réalignement des étoiles et des planètes

Naturellement, je me suis remise à manger et à cuisiner majoritairement végétalien. J’ai cependant osé réintroduire dans mes assiettes ponctuellement des produits issus de l’élevage animal (œufs, poissons et encore plus rarement viande et fromage).

Des animaux meurent dans des conditions violentes pour céder à nos caprices d’humains, et je ne l’oublie pas. Mais aujourd’hui, je fais le choix d’accepter de vivre en paix avec mes failles et de ne pas mettre d’étiquette sur mon régime alimentaire. Ça n’est ni par facilité, ni par approbation des injustices dans ce bas monde, mais par choix conscient.

Je fais le choix de cuisiner végétalien autant que possible.
Je fais le choix d’honorer certains plats non véganes que l’on est susceptible de m’offrir, si je sais qu’ils ont été cuisinés dans le respect.
Je fais le choix de ne plus me flageller si je cède à un caprice humain impliquant qu’un saumon a du se sacrifier pour moi.
Je fais le choix d’accepter d’aller dans des restaurants non véganes si cela réjouit les yeux planètes avec lesquels je partage un repas.

Et si des personnes véganes refusent le moindre écart, jamais je ne me permettrais de les blâmer d’avoir trouvé leur façon d’être et de vivre préférée.

Cessons de vouloir être parfait·e

Par « parfait », j’entends « correspondant à la meilleure des versions possibles selon notre propre vision ».

J’ai, pour chacune de mes décisions, été confrontée à des personnes réfractaires plus ou moins virulentes à mon égard. Je ne crois pas qu’il y ait une seule personne parmi nous tou·te·s qui soit irréprochable. J’estime pour ma part que je ne suis pas là pour blâmer les individus pour leurs écarts et leurs imperfections, mais pour les encourager dans la direction qui eux leur semble juste.

Le perfectionnisme est source de danger

Si vouloir s’améliorer est quelque chose de normal, être perfectionniste peut nous mettre en danger. Pourquoi ? Cela nous éloigne du bonheur car la moindre défaillance est synonyme d’échec et d’insuffisance.

En plus d’être la première victime de nos frustrations, nos proches peuvent pâtir de notre façon d’être et la pression qu’on se met est susceptible de se déverser sur eux.

Qu’importe ce qu’il y a dans notre assiette, nous sommes tou·te·s imparfait·e·s.

La quête de la perfection nous rend plus intolérant·e·s à nous-mêmes mais également aux autres. Y renoncer, c’est se donner la liberté de respirer et d’être naturellement plus en adéquation avec nos valeurs et ce vers quoi on veut aller.

Le sujet fait débat, mais pour moi, il vaut mieux des millions de personnes imparfaitement véganes, curieuses et ouvertes, qu’un infime nombre de véganes.

Avec la crise actuelle, nous finirons peut-être par trouver un équilibre majeur où le végétalisme s’associera sans contrainte à des valeurs écologiques.

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